Présentation

Les informations concernant le Département d'italien sont à présent consultables sur le site:

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L. Fournier-Finocchiaro

samedi 28 mars 2009

Tonnerre de Brest !

La Conférence des Présidents d’Université (CPU) tient depuis le mercredi 25 mars son colloque annuel, à Brest. Pendant ce temps, nos ministres de tutelle maintiennent le cap des réformes que la communauté universitaire, après huit semaines de mobilisation, continue massivement à rejeter. Pendant que les présidents réunis à Brest appellent clairement les universitaires à rentrer dans le rang au prétexte que leurs principales revendications auraient été satisfaites, nos universités voient dans les faits le mouvement en cours se poursuivre, voire s’amplifier, avec une détermination et une inventivité étonnantes.

Nous, présidents d’université responsables, avions hésité à participer à ce colloque brestois de la CPU que nous jugions pour le moins inopportun… et qui ressemble ces jours-ci à une fuite à Versailles ! Le dernier communiqué de la CPU, ainsi que les conditions dans lesquelles se tient son colloque, justifient amplement nos préventions. En capitaines de navires qui traversent une tempête comme l’université n’en a pas connue depuis 1968, nous considérons que notre devoir est de rester sur le pont, solidaires de nos collègues enseignants-chercheurs et personnels administratifs, solidaires de nos étudiants

Cet « Appel de Brest » lancé mercredi par la CPU invitant unanimement à la reprise des cours et de l’organisation des examens, sonne comme une réponse à « l’Appel de la Sorbonne » que nous avions lancé le 9 février, par lequel nous appelions les ministres de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche à « retirer tous les projets de réformes controversés » et à organiser une véritable concertation pour construire sur de meilleures bases l’avenir de nos institutions universitaires. Ce communiqué n’a donc été voté qu’à l’unanimité des présidents présents à Brest et n’exprime donc nullement une position unanime de l’ensemble des présidents d’université.

Notre sens de la responsabilité nous conduit également à regarder les circonstances avec les yeux de l’honnêteté, à dénoncer le fait que nos ministres n’ont toujours pas pris la mesure de la situation, à regretter l’étrange surdité de certains collègues qui depuis le phare de Brest croient observer que le « champ de la concertation » a réellement été ouvert et qu’il convient donc que les universités reprennent leur activité normale… Fermez le ban !

Pour ce qui nous concerne, nous constatons que la réforme dite de la « mastérisation » reste confuse dans l’organisation qu’elle propose pour les concours de recrutement et que ce projet est maintenu dans des termes et des principes que nous continuons à rejeter comme nocifs tant à la qualité qu’à la cohérence de la formation des enseignants des premier et second degrés. Les dernières propositions du ministère génèrent une confusion pointée par tous les acteurs de la formation des enseignants en prétendant échanger un recul dans la mise en place des nouveaux concours contre une mise en place immédiate des nouvelles formations. C’est là une manœuvre pour faire entériner à l’avance tout le processus combattu par la majorité de la communauté universitaire. La seule solution simple et claire est de proroger le dispositif actuel dans sa totalité, pour un an (y compris l’année de formation en alternance).

Nous constatons aussi que l’augmentation des moyens promise par les pouvoirs publics ne s’est jusqu’à présent traduite que par le travestissement des dotations budgétaires de l’Etat (qui font en réalité apparaître une baisse sensible de nos moyens) et que les suppressions de postes pour l’année 2009 sont toujours maintenues.

Nous constatons encore que la réforme du statut des enseignants-chercheurs, loin de satisfaire les attentes des personnels concernés, continue d’aggraver les contradictions de la loi LRU. Inscrite dans la dernière version du projet de décret, la possibilité pour les enseignants-chercheurs de choisir librement l’établissement dans lequel ils souhaitent effectuer leurs activités de recherche empêchera les acteurs de l’université de conduire efficacement la politique scientifique de leurs établissements, telle que la loi LRU pourtant les invite à la construire de manière autonome. Et c’est encore la concurrence entre universités qui sera ainsi exacerbée. Cette nouvelle version d’un décret que la ministre ne finit pas de réécrire, est proprement irréaliste en ce qu’il hypothèquerait tout recrutement sur les bases d’un profil de recherche correspondant à la politique scientifique de l’établissement.

Notre sens des responsabilités nous appelle, enfin, à garantir la qualité des diplômes de l’année 2009. Nos universités ont acquis depuis longtemps une expérience en matière d’aménagement des modalités de validation des cursus en période de grève, et nous n’avons pas besoin d’injonctions pour prendre les mesures qui conviennent à la situation. La fébrilité manifeste de certains, qui les conduit, face aux revendications des étudiants, à préférer à l'échange d'arguments, celui de gestes violents, dans des altercations confuses, ne les qualifie pas pour donner des leçons de responsabilité.

Il est plus que temps de négocier sérieusement en acceptant de traiter globalement une crise qui est globale, ce qui suppose d’abord de retirer, comme nous le demandons depuis plusieurs semaines, les projets de réforme controversés. Cette crise aurait pu être évitée et réglée en quinze jours au mois de janvier : poursuivons tous la mobilisation pour que cette crise ne pourrisse pas davantage l’année universitaire.


Pascal BINCZAK, Président de l’université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis
Anne FRAISSE, Présidente de l’université Montpellier 3 Paul Valéry
Bernadette MADEUF, Présidente de l’université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense
Georges MOLINIE, Président de l’université Paris IV La Sorbonne
Philippe ROLLET, Président de l’université Lille I

vendredi 27 mars 2009

Sauvons l'Université: Newsletter n° 19

Huit semaines de mépris : ça suffit !

Une crise sans précédent secoue les universités et traverse l’ensemble du système éducatif national (des lycées professionnels aux IUT, en passant par les universités, les maternelles et les IUFM) depuis la rentrée. Elle a débouché sur une grève des universités débutée le 2 février 2009. Il est inouï que les deux ministres concernés n’aient rien fait depuis huit semaines pour régler un conflit majeur. Ils n’ont rien su proposer qui fût à la hauteur de la situation, dévoilant à la fois leur impuissance politique et leur incompétence sur des dossiers qu’ils ne maîtrisent pas et dont le traitement vise avant tout à réduire les dépenses de l’Etat dans le système d’enseignement français.
Le clientélisme gouvernemental qui se manifeste à l’égard de quelques-uns au détriment de l’intérêt général nous conduit à accentuer notre mobilisation. De fait, les universités résistent et le mouvement se maintient, dans toute la France.
Les prises de positions des deux ministres indiquent que nous avons été probablement trop raisonnables jusqu’à ce jour pour mériter d’être entendus : manifestons encore notre désapprobation de toutes sortes de manières, jusqu’à l’obtention de nos revendications légitimes.
Non contente d’avoir provoqué la grève la plus longue de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse feint aujourd’hui de se soucier des étudiants. Nous devons lui rappeler, avec la 7e Coordination des Universités (23 mars 2009), que, dans le cadre de l’autonomie pédagogique qui caractérise les Universités, « nous saurons dans chaque université et dans le respect des spécificités disciplinaires trouver les modalités de la tenue du second semestre en liaison avec les étudiants et en accord avec les personnels administratifs et techniques ».
Dans l’immédiat, l’urgence est à nouveau, pour chacun d’entre nous, d’éviter toute remontée de maquette de master enseignement au 31 mars. Ceux qui le feraient afficheraient leur mépris pour l’engagement de leurs collègues. Pour notre part, nous invitons, à nouveau, ceux qui défendent une formation des enseignants digne de ce nom à une nouvelle cérémonie de non-remise de maquettes au ministère de l’Enseignement Supérieur et devant les rectorats en province le 31 mars ou le 1er avril. Les ministres feignent de ne pas comprendre : répétons avec vigueur que nous sommes totalement opposés à sa réforme.

Devant une attaque profonde contre ce à quoi nous croyons et à quoi nous avons consacré nos vies, refusons le renoncement ! SLU invite l’ensemble des universitaires à poursuivre et amplifier le mouvement, en suivant le calendrier de la Coordination des Universités, et à adopter à la fois des modalités qui leur sont propres et des méthodes qui ont fait leur preuve dans d’autres secteurs de la société :

- en manifestant devant les ministères et les rectorats;
- en participant à la Ronde des Obstinés à Paris (et dans les autres villes où elle a été ou sera organisée);
- en agissant dans l'espace public, notamment en y multipliant les prises de parole;
- en manifestant tous les mercredis devant les rectorats;
- en investissant les gares ferroviaires et routières pour y faire connaître les raisons de notre combat;
- en développant la jonction avec le primaire et le secondaire;
- en occupant les universités là où cela a un sens et là ou cela peut se faire avec la participation des enseignants-chercheurs et des chercheurs.

Les occupations simultanées et pacifiques de la Sorbonne et du siège du CNRS ce jeudi 26 mars sont de bons exemples de ce type d’action. Continuons !

Disons à ceux qui comptent sur notre sens du devoir et notre dévouement à toute épreuve que les insultes, l’humiliation et les menaces qui pèsent sur l’avenir de l’enseignement supérieur et de la recherche, mais aussi de l’ensemble du système éducatif, nous conduisent aujourd’hui à une résistance déterminée. Les enjeux de notre combat sont plus grands que nous et le gouvernement ne nous laisse d’autre choix que de durcir notre mouvement.

Huit semaines de mépris : ça suffit !


Proposition de lettre au président de la république

Un collègue propose l’envoi massif de lettres au président de la république sur la base des arguments et des modalités suivantes:

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* Il ne s’agirait pas d’envoyer un argumentaire (on a bien compris que ce n’est pas ce à quoi il est sensible)
* mais une lettre brève et claire l’avertissant que les universitaires ne sont pas prêts à céder et qu’ils tiendront jusqu’à ce que les décrets aient été retirés et la loi LRU re-négociée.

Connaissant personnellement quelqu’un qui a travaillé toute une année au service du courrier, je pense que l’action ne serait pas aussi inutile qu’on peut le croire : les lettres envoyées au Président ne sont pas jetées à la poubelle, elles font l’objet d’une lecture systématique et surtout les services du courrier font remonter des pointages et des notes de synthèse sur ce qu’ils appellent les “signaux faibles” ; une augmentation massive des courriers sur la question universitaire au Président sera forcément relayée ;

Je propose donc que chacun d’entre nous envoie une lettre formulée à peu près en ces termes :

“Monsieur le Président de la République,
Je suis, comme plusieurs dizaines de milliers d’enseignants-chercheurs, doctorants, enseignants, BIATOS, étudiants, en grève depuis huit semaines pour protester contre votre politique de mépris vis-à-vis du monde universitaire et de la recherche fondamentale en France, et pour demander le retrait des décrets sur le statut des enseignants-chercheurs, sur la “mastérisation” des concours de l’enseignement, sur le contrat doctoral, demander le rétablissement des postes supprimés dans l’université en 2009 et une re-négociation complète de la loi LRU. La mobilisation sans précédent à laquelle je participe n’a provoqué de la part de vos ministres que mépris et mensonge. En tant que citoyen de la République Française, j’attends que vous interveniez directement et que vous usiez de toute votre autorité pour faire retirer les décrets et lois concernés. Tant que cela n’aura pas été fait, nous resterons mobilisés, nous continuerons à sortir dans la rue, toutes les semaines pour des manifestations massives et tous les jours pour des actions ponctuelles. Nous ne vous laisserons aucun repos tant que nous n’aurons pas obtenu satisfaction et si le mouvement doit s’étendre, se durcir, emprunter des formes violentes, vous en porterez l’entière responsabilité.
En l’attente d’une réaction responsable de votre part, je vous prie de bien vouloir recevoir, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments républicains.”

Trois remarques :

* 1) bien entendu les termes doivent être modulés selon les situations et opinions personnelles - et mieux vaut, d’ailleurs, qu’il ne s’agisse pas de purs et simples copiés-collés
* 2) je sais que je n’ai pas repris dans le texte de cette lettre précisément toutes les revendications de la CNU : il s’agit d’être très fédérateur et le service de courrier ne lira pas les revendications en détail, il fera seulement passer le message d’une mobilisation immense.
* 3) si on veut que cette action ait une réelle portée, elle doit être massive et limitée dans le temps. Il faudrait, par exemple, que toutes les lettres partent lundi matin (le 30 Mars) ; il faudrait surtout, que l’action soit relayée à l’ensemble de vos collègues et étudiants, afin d’atteindre une masse énorme de lettres.

jeudi 26 mars 2009

Paris 8 et la ronde sur France Inter ce week-end

Paris 8 sera mis à l'honneur ces samedi et dimanche 28 et 29 mars sur France Inter qui organise un "7-9" spécial à l'occasion de la ronde infinie des obstinés initiée par notre université.

L'émission de Stéphane Paoli propose de traiter de l'actualité sous un angle un peu différent : la porte d'entrée dans le sujet sera donc la forme de la contestation. Avec un premier volet, samedi matin, consacré à la ronde comme mode de contestation, en lien avec l'héritage de Paris 8, ses 40 ans, et les modes de diffusion-propagation-agitation par le savoir; et dimanche matin, un second volet axé sur les nouveaux médias comme lieux et enjeux de renouvellement des formes de contestation et de mobilisation collective.

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Emission "7-9"
France Inter de 7h à 9h le week-end
Fréquence à Paris : 87,8 MHz

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La ronde infinie des obstinés vue par Libé,

... par Libé la nuit,

....par Le Monde,

... et par Mediapart.

Philosophes sous surrveillance: à quand l'interdiction de penser?

De : Jean-Louis FOURNEL

Objet : philosopher en France ?

Bonjour,
Ce matin avait lieu l'ouverture en grande pompe d'un colloque très officiel à la Sorbonne sur l'enseignement de la philosophie avec quelques-uns des "grands noms" - ou supposés tels - de la philosophie universitaire française (cf programme ci-joint). Promu par le Ministère de l'Education nationale ce colloque devait être ouvert par Xavier Darcos ou un de ses représentants. Compte tenu des événements en cours - huit semaines de grève universitaire sans que Madame Pécresse et M. Darcos ne daignent écouter la teneur réelle des revendications du mouvement en cours notamment celles concernant la formation et le recrutement des futurs enseignants justement, un certain nombre de collègues et d'étudiants parisiens, dont j'étais, avaient décidé de participer à ce colloque pour prendre à témoin les présents de cette situation. Evidemment ils n'ont pu accéder à la Sorbonne et à son grand amphithéâtre, quelques vigiles et surtout un nombre certain de CRS les confinant sur le trottoir d'en face - conditio sine qua non pour ne pas être embarqués manu militari. Nous sommes restés entre 8h45 et 9h30 devant l'entrée principale de la Sorbonne à crier un certain nombre de slogans. Je vous laisse juge de leur pertinence ("Darcos nuit gravement au logos" ; "Si vous philosophiez, vous ne sauriez entrer" ; "Honte à vous, Montaigne est avec nous" ; "Concepts sous protection, c'est de la trahison" etc.).

La chose la plus étonnante, et, me permettrai-je de dire, la plus préoccupante, est que pas un, je dis bien pas un, des collègues invités (que ce soit pour y parler ou pour écouter) à ce "grand" colloque que l'on supposera "prestigieux" n'a pensé qu'il pouvait renoncer à y participer dans ces conditions, entrant sous la protection de la police et alors que quelques dizaines de personnes désireuses d'assister à l'événement n'y avaient pas accès. En fait, j'exagère, une seule personne, sans doute touchée par un excès de scrupule a traversé la rue, nous a rejoints et nous a demandé si pénétrer dans les lieux relevait vraiment d'une "trahison" : comme nous sommes plutôt de bons bougres et que nous étions touchés par cette demande nous avons répondu que non et qu'elle pouvait y aller si elle le jugeait bon... La dame en question traversa donc la rue derechef mais, las, elle avait eu le tort de venir parler avec celles et ceux qui étaient écartés des lieux de la pensée officielle et, du même coup, elle en avait été contaminée et fut privée de son droit d'entrée, malgré son invitation en bonne et due forme. La même mésaventure fut subie par un jeune collègue philosophe enseignant dans un lycée, dont on comprendra qu'il préfère garder l'anonymat, et qui ne put entrer malgré ce qui lui avait été promis par son inspecteur (cf son récit ci-joint).
Pour parler de l'enseignement de la philosophie, voire pour écouter ce qui s'en dit en haut lieu, il vaut donc mieux désormais ne pas choquer le ministère de tutelle et ce qu'il faut bien appeler désormais ses sbires. L'époque est triste. Faites-le savoir et diffusez ce message largement si vous êtes aussi choqué par la chose que celles et ceux qui étaient présents ce matin le furent. Merci.
amitiés
Jean-Louis Fournel
(Université Paris 8 et SLU - Sauvons l'université !)

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Aux professeurs de philosophie,

9h15 minutes. Je me présente devant l’entrée du grand amphithéâtre de la Sorbonne muni d’une carte professionnelle sur laquelle le vigile de service pourra lire sans mal « professeur de philosophie ». Conformément au contenu explicite d’un courriel de l’inspection académique, et après avoir déplacé les six heures de cours de la journée, je viens assister au colloque « Enseigner la philosophie, faire de la philosophie ». Il était spécifié dans ce courriel que tout professeur pouvait se présenter spontanément au colloque. La directive venait « d’en haut ». Il se trouve qu’à 9h16 minutes, et après présentation de la carte professionnelle, je me suis vu interdire l’accès à l’amphithéâtre. J’explique au représentant de l’inspection générale que je ne suis pas de Paris, le déplacement administratif des heures de cours, le trajet. La phrase est laconique : vous n’êtes pas sur la liste.

A 9h20 minutes, je croise l’inspecteur de l’académie dans laquelle j’enseigne. Il cherche à intercéder en ma faveur mais en vain. Il faut être sur la liste. En face de l’entrée, un petit comité s’est formé, composé pour une large part d’enseignants à l’université (entre autres Paris I, Paris IV en sciences humaines). Il va de soi que les individus de ce petit groupe qui ont tenté de participer à ce colloque furent refoulés de la même façon. Une dizaine de CRS assure le bon déroulement de l’enregistrement des inscrits sur présentation de l’ordre de mission. Outillé d’un porte-voix, un manifestant lance « la philosophie est dans la rue ».

A 13h, dans un bar du quartier, j’entame la discussion avec deux professeurs de philosophie présentes le matin au colloque. A part quelques remarques ponctuelles sur les interventions, aucun problème ne fut levé. Extrême docilité du corps professoral en philosophie. En guise de préambule, l’inspecteur général, aux dires de ces professeurs, avait accumulé les remarques lénitives sur la bonne santé de l’enseignement de la philosophie. Alors que je les questionne sur le déroulement de la matinée, elles insistent lourdement sur la légèreté des interventions (trente minutes pour chaque intervenant) et remettent en question ce que l’une d’entre elles qualifie de « spectacle ».

Il va de soi que l’on pouvait sans mal anticiper la vacuité politique d’une telle entreprise, brosse à reluire du grand corps « philosophique » français. Alors que l’université française est au plus mal, alors que des professeurs du secondaire, dans la réalité de leurs pratiques, souffrent (dans l’attente inéluctable d’une réforme qui réduira l’enseignement de la philosophie dans l’institution à néant), le « spectacle » suit son cours.

Je dois avouer que la vue de ces professeurs dociles en ordre de mission payée encadrés par un cordon de CRS mais satisfaits de participer à la grande leçon m’a fait regretter d’avoir choisi, il y a des années, l’enseignement de la philosophie. Alors qu’il s’agirait, selon le bulletin officiel, d’éveiller la conscience critique de l’élève « citoyen », les maîtres se plient à un pouvoir qui leur assure la gamelle. Alors que les questions de la philosophie et celle de la politique sont à jamais liées, à l’heure de la grand messe, les professeurs de philosophie devront se contenter de machouiller l’hostie en silence mais avec la bonne feuille dans le cartable.

Pourquoi pas un colloque ? A défaut du reste, pourquoi pas. Seront attendus (comme autant de pré-requis) la docilité du grand corps des fonctionnaires, une dose non négligeable de naïveté et d’inconséquence, une tempérance humaniste dopée à la flatterie, la peur de perdre le peu qu’il reste, une bonne volonté et une volonté bonne, un amour du problème qui ne dérange personne, le sentiment excellent d’être encore une élite, la conscience suraiguë de la mission d’en haut, des démissions d’en bas, de l’indifférence du milieu, la foi dans l’universel à diluer, les souvenirs d’étude, la réminiscence de l’odeur des boiseries, le crissement de la craie, toutes ces madeleines de prof - puisqu’il est désormais convenu d’amputer le signifiant.

Le jour où l’enseignement de la philosophie aura définitivement disparu, il sera trop tard pour pleurer. A moins, et c’est une hypothèse que je n’exclue pas, que le renoncement à la philosophie comme puissance politique de dérangement soit tel que personne, plus personne, ne vienne pleurer sa disparition. Le sourire aux lèvres, il ne restera plus aux professeurs qu’à enseigner en boucle la tranquillité de l’âme après la mort du corps politique.

Pour cet enseignement, n’ayez crainte, il y aura toujours des postes.

Un professeur agrégé de philosophie

TOUS dans la rue le 2 avril!

Communiqué de presse de la Coordination Nationale des Universités - 25/03/2009

Lors du CTPU (Comité Technique Paritaire Universitaire) Valérie Pecresse a tenté de passer en force sa nouvelle version du décret sur le statut des Enseignants Chercheurs alors même que la communauté universitaire dans son ensemble a clairement affiché son refus de ce texte et son exigence d’une prise en compte globale des revendications du mouvement.
La ministre confirme qu’elle n’a d’autre stratégie face à notre colère légitime que les manoeuvres, les tentatives de division et le pourrissement de la situation.

Plus de 30 000 manifestants ont encore affirmé hier [ le 24 mars] qu’ils refusent de tomber dans les pièges grossiers tendus par les ministres Pécresse et Darcos. Les initiatives qui fleurissent partout dans le pays montrent que la communauté universitaire est décidée à mener jusqu’au bout la lutte pour défendre un vrai service public de l’enseignement supérieur et de la recherche.

La meilleure réponse de la communauté universitaire à la surdité du gouvernement sera d’être massivement dans la rue le 2 avril, pour une grande journée de manifestation de défense du service public de l’éducation, de la maternelle à l’université.

Les porte parole de la Coordination Nationale des Universités

Communiqué des porte parole de la coordination nationale des universités

“Les attaques contre le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche, auxquelles répond la mobilisation massive de l’ensemble de la communauté universitaire, ne sont pas spécifiques. C’est l’ensemble du service public qui est menacé. Face à une offensive globale du gouvernement, c’est ensemble que nous devons lutter!
Pour partager nos expériences de luttes et travailler à la convergence de celles-ci, des meetings interprofessionnels auront lieu dans un certain nombre d’universités, par exemple le jeudi 26 mars à l’université Paris-X Nanterre le 26 mars dans le cadre du “Printemps de colère” et le vendredi 27 mars à l’université Paris 3 (”après midi de l’université”). Seront présents des
acteurs du mouvement sociaux (universitaires, chercheurs, étudiants, professeurs des écoles, postiers, ….) pour discuter des suites du 19 mars.”