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Les informations concernant le Département d'italien sont à présent consultables sur le site:

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L. Fournier-Finocchiaro

jeudi 8 janvier 2009

Les réformes universitaires - Article du Monde

Point de vue
Université : pas de normalisation par le bas
LE MONDE | 05.01.09 | 13h37


Le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche vient de diffuser un projet de décret sur le statut des universitaires qui concrétise la loi sur la responsabilité des universités (LRU) - d'autonomie des universités d'août 2007.
Deux réformes majeures sont prévues. D'une part, la possibilité d'une modulation des services d'enseignement est introduite en fonction de l'intensité et du niveau de la recherche de chaque universitaire : avoir une activité de recherche "soutenue" permettrait d'enseigner moins ; ne pas remplir cette condition exposerait à devoir enseigner plus. D'autre part, l'essentiel du déroulement de la carrière (recrutement, avancement, octroi de primes ou de congés sabbatiques et modulation des services) est confié à l'instance universitaire locale, vidant de sa substance le statut de fonctionnaires d'Etat maintenu par le décret pour les professeurs et maîtres de conférences.
Les signataires du présent texte proviennent de disciplines diverses, leurs opinions politiques, leurs appartenances syndicales sont variées, mais ils sont unanimes à considérer qu'un tel projet est, en l'état, inacceptable. Ils ne se mobilisent pas seulement pour défendre leur statut et leurs droits, mais aussi parce que, demain, si les réformes annoncées s'appliquaient, le service public auquel ils sont attachés en serait affaibli, et les premières victimes en seraient ses premiers usagers, les étudiants qu'il leur incombe de former.
Ce projet est d'abord inacceptable parce qu'il repose sur une logique de défiance à l'égard des universitaires, suspectés de ne pas accomplir correctement leur double tâche d'enseignement et de recherche. Faire dépendre le service d'enseignement de critères d'évaluation de la recherche - pour l'instant incertains -, c'est risquer d'assimiler l'activité noble qu'est l'enseignement à une sanction. Cela revient en tout cas à introduire entre les deux missions des enseignants-chercheurs une hiérarchie : ou bien un bon enseignant n'a nul besoin de s'adonner à des recherches, ou bien un chercheur peu productif suffit à faire un enseignant performant.
Ce projet est ensuite inacceptable parce que, à supposer qu'on admette le principe d'une modulation des services liée à une évaluation permanente de l'activité de recherche, les modalités proposées pour cette modulation ne garantissent nullement contre l'arbitraire. Le pouvoir de décision serait en effet aux mains du président d'université (ou du directeur d'établissement) et du conseil d'administration, le second étant conçu par la loi LRU comme un instrument du premier.
Le projet de décret accentue les effets nocifs de la loi LRU, qui a concentré tous les pouvoirs aux mains des présidents d'université. Or dans les universités des pays comparables, si le pouvoir de gestion est entièrement confié à la présidence conçue comme une instance administrative, celle-ci ne détient pas légitimement le pouvoir académique, qui relève des universitaires. En outre, compte tenu des contraintes budgétaires, rien ne garantit que la modulation ne soit le cheval de Troie de l'augmentation du service d'enseignement.
Ce projet est enfin inacceptable parce que, en vidant de son contenu le statut de fonctionnaires d'Etat des universitaires, il porte une grave atteinte aux libertés académiques sans lesquelles il n'y a pas d'universités dignes de ce nom. Depuis des années, le ministère de l'enseignement supérieur s'attaque à la ressource la plus précieuse de l'universitaire : son temps d'autonomie. C'est grâce à lui qu'il peut féconder son enseignement par ses lectures, ses recherches, ses échanges avec d'autres spécialistes, en France et à l'étranger.
Le projet de décret poursuit méthodiquement cette traque de deux manières. D'une part, il vise à transformer l'universitaire en un "employé de l'université" bon à tout faire : non seulement de l'enseignement et de la recherche, mais aussi de la direction d'unités de recherches, de l'ouverture vers l'international, de l'orientation professionnelle, du tutorat, de la levée de fonds, de fonctions d'intendance ou de secrétariat pour lesquelles le personnel administratif qualifié n'est pas assez nombreux. D'autre part, ce texte méconnaît le principe pour lequel le statut de fonctionnaire d'Etat a été conféré aux universitaires : pour garantir leur liberté. Celle-ci est la condition essentielle du développement de leur vocation : associer l'enseignement à la recherche dans un cadre serein et approprié.
Si l'assimilation bureaucratique de l'université à une "entreprise", et de l'enseignant-chercheur à un "employé" comme les autres, ne s'arrête pas, tout le monde y perdra. Non seulement les universitaires, incités à déserter une institution de plus en plus hostile, mais aussi les étudiants, exposés à voir diminuer la qualité de leurs formations en raison de la fuite, déjà entamée, de leurs meilleurs enseignants, et enfin l'université elle-même. Les réformateurs veulent à tout prix normaliser vers le bas une institution qu'ils comprennent mal et à laquelle ils sont étrangers. Rien d'étonnant à cela : ceux qui tiennent la plume du ministre et donc, de facto, celle du pouvoir législatif et du pouvoir réglementaire, sont justement ceux qui ont troqué la toge d'universitaire contre l'habit de conseiller du Prince.
Le ministère n'a jamais été aussi dirigiste que depuis qu'il prétend octroyer aux universités leur autonomie. Il serait grand temps qu'il daigne écouter les universitaires, c'est-à-dire ceux qui "sont l'Université", comme le disait si justement Simon Leys . Ils lui diront le fossé abyssal qui existe entre les beaux discours sur l'excellence, ou encore sur le pari de rendre attractives les universités françaises, et la réalité qui se dessine déjà : celle d'universités abandonnées au féodalisme et au clientélisme d'administrateurs locaux.
Loin d'être partisans du statu quo, nous sommes les mieux placés pour connaître l'ampleur des problèmes rencontrés par l'université et l'urgence de les résoudre. Mais en raison du déséquilibre manifeste qui est ici introduit entre les obligations (étendues) et les droits (restreints) des universitaires, nous demandons au ministère de suspendre la procédure d'édition de ce décret et de procéder à des amendements importants, de façon à redonner à ce statut l'équilibre grâce auquel il est une garantie institutionnelle au profit non seulement des universitaires, mais de l'université.

Olivier Beaud , juriste, Paris-II ;
Guy Carcassonne , juriste, Paris-X ;
Christophe Charle , historien, Paris-I ;
Jean-François Chanet , historien, Lille-III ;
Jean-Pierre Demailly , mathématicien, Grenoble-I ;
Philippe Dumas , physicien, Aix-Marseille-II ;
Jacques Elion , biochimiste, université Paris-Diderot ;
Pierre Encrenaz , astronome, université Pierre-et-Marie-Curie et Observatoire de Paris ;
André Guyaux , littérature, Paris-IV Sorbonne ;
Olivier Ihl , politiste, IEP Grenoble ;
Bernard Lahire , sociologue, ENS-LSH (Lyon) ;
Sandra Laugier , philosophe, université de Picardie ;
Franck Lessay , angliciste, Paris-III-Sorbonne nouvelle.

Article paru dans l'édition du 06.01.09.

Lettre ouverte rédigée par la CPU à notre Président de la République.

Dans une lettre à Sarkozy, les présidents d'université dénoncent "l'état de tension" sur les campus.
La Conférence des présidents d'université (CPU) monte au créneau. Dans l'après-midi du lundi 5 janvier, l'instance représentative de la communauté universitaire a adressé au président de la République une lettre ouverte intitulée "Chronique d'une crise annoncée dans les universités", dans laquelle elle demande à Nicolas Sarkozy d'"apporter des réponses précises et durables" et de "prendre le temps de la réflexion" sur un certain nombre de réformes en cours.

"Les universités débutent l'année 2009 dans un très grand état de tension et d'inquiétude", écrivent les élus de la CPU. Outre la grogne autour du budget 2009 et de la réforme du système de répartition des moyens, le mécontentement dans les universités se cristallise selon eux autour de trois autres dossiers "sensibles" qui risquent de "de mettre le feu aux poudres".
La modification du décret de 1984 sur le statut des enseignants-chercheurs est sans doute la réforme qui suscite le plus d'inquiétude. Ce texte, qui est actuellement examiné par le Conseil d'Etat, est un bouleversement inédit depuis vingt ans. Dans le droit fil de la loi sur l'autonomie, le projet confie aux universités la gestion de la carrière des personnels. Pour ce faire, les professeurs, qui étaient peu évalués, le seront désormais tous les quatre ans par le Conseil national des universités (CNU), jusque là chargé de sélectionner les candidats au professorat.

Surtout, le projet modifie les conditions de travail des enseignants, vieux sujet de discorde avec le monde syndical. Pour la première fois, il les astreint à 1 607 heures d'activités : 800 heures liées à l'enseignement et 800 autres liées à des activités de recherche "soutenues et reconnues". Les universités signeront un contrat avec les professeurs et pourront moduler individuellement leur temps de service. Celui-ci pourra "comporter un nombre d'heures d'enseignement inférieur ou supérieur" aux 128 heures en fonction de la "qualité" de leur recherche. Ce point suscite les plus grandes réticences, notamment de la part du principal syndicat, Snesup-FSU, qui dénonce une conception "usurière" de l'enseignement supérieur.

ACCORD ENTRE LA FRANCE ET LE VATICAN

L'autre dossier qui préoccupe la CPU est celui de la formation des enseignants. Les présidents s'alarment de la "précipitation dans laquelle s'est engagée cette réforme" qui nécessite de remettre à plat les contenus des formations qui seront désormais dispensées par les universités.

Enfin, le récent accord entre la France et le Vatican sur la reconnaissance des diplômes canoniques (théologie, philosophie, droit canonique) et profanes délivrés par les établissements d'enseignement supérieur catholiques, est perçue par la communauté universitaire comme un coup de canif dans les principes fondamentaux de la Constitution et de l'Université.

Cette lettre ouverte est la première initiative du nouveau bureau de la CPU, qui a été renouvelé le 18 décembre 2008. En juin, la nomination au cabinet de la ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Pécresse, de Thierry Coulhon, alors président de l'université de Cergy-Pontoise et vice-président de la CPU, avait posé, au sein de la communauté universitaire, la question de la capacité ou de la volonté de la CPU de se tenir éloignée du pouvoir politique.

Catherine Rollot
Le Monde, 5 janvier 2009

Motion de l’assemblée des enseignants des départements et UFR de langues de l’Académie de Créteil

Motion de l’assemblée des enseignants des départements et UFR de langues
de l’Académie de Créteil
Mardi 6 janvier 2009, Université Paris-Est Marne-la-Vallée

Des réformes engageant l’avenir de toute l’université française dans plusieurs de ses aspects essentiels — formation des étudiants, recrutement des futurs professeurs, liens entre enseignement et recherche — sont actuellement en cours d’élaboration au sein des Ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et de la recherche.

Confrontés à une situation où les informations et les exigences venant de ces autorités de tutelle étaient ou déficientes ou contradictoires, de nombreux départements, des formations, des UFR, des conseils centraux, plusieurs universités (Paris 3, Paris 4, Paris 8, Paris 10 pour ne parler que des universités d’Ile de France) ont déjà demandé publiquement un moratoire conséquent pour que puisse avoir lieu la nécessaire concertation avec tous les acteurs d’une réforme aux enjeux scientifiques, pédagogiques et sociaux considérables. Encore hier, dans une lettre publique, la direction de la CPU s’inquiétait de la crise ouverte par la hâte et l’insuffisante concertation préalable qui marquent la mise en place de cette réforme de la formation des enseignants.

Aujourd’hui, à quelques semaines de l’expiration du délai octroyé pour la remise des maquettes, force est de constater que cette situation hautement préoccupante perdure et s’est même aggravée. Trois projets en particulier concentrent les inquiétudes de toute la communauté universitaire : la suppression de l’année de formation en alternance qui suivait jusqu’ici la réussite aux concours d’enseignement ; la superposition, au milieu de la même année d’études, de ces concours et des travaux de recherche conditionnant l’obtention du master ; l’augmentation massive du nombre d’enseignants précaires ayant réussi au master mais échoué au concours.

Dans ces conditions, l’assemblée des enseignants des départements et UFR de langues de l’Académie de Créteil, et des enseignants de langues de l’IUFM de Créteil réunie à l’Université Paris-Est Marne-La-Vallée le mardi 6 janvier à 17 h considère que leurs départements et leurs UFR ne sauraient présenter en février prochain des programmes de préparation à des concours dont les modalités actuelles compromettent l’avenir de l’enseignement et de la formation dans notre pays.

Ils appellent donc solennellement à ce qu’aucune maquette de master de préparation aux concours d’enseignement ne soit transmise au Ministère à la date fixée par nos autorités de tutelle.

Face à une situation susceptible, dès la rentrée de septembre 2009, de porter de très graves préjudices à l’ensemble des étudiants de France et à la recherche en Lettres, Langues et Sciences humaines et sociales, ils demandent aux pouvoirs publics l’ouverture d’une véritable concertation entre tous les acteurs de la vie éducative et universitaire, sans lesquels aucune réforme digne de ce nom ne saurait réussir.

Aden Joelle IUFM Anglais
Alamichel Marie-Françoise Paris-Est MLV Anglais
Benat-Tachot Louise Paris-Est MLV Espagnol
Billard Henri Paris-Est MLV/ Poitiers Espagnol
Broqua Vincent Paris 12 Anglais
Caron Nathalie Paris 12 Anglais
Cetkovic Valérie Paris-Est MLV Anglais
Dow William Paris-Est MLV Anglais
Dupeyron-Lafay Françoise Paris 12 Anglais
Fournel Jean-Louis Paris 8 Italien
Gillardeaux Patrice Paris 12 Anglais
Guéron Claire Paris-Est MLV Anglais
Madeleine Jean-henri Paris-Est MLV Espagnol
Marguet Christine Paris 8 Espagnol
Mornat Isabelle Paris-Est MLV Espagnol
Olivier Florence Paris 12 Espagnol
Pollock Jean-Yves Paris-Est MLV Anglais
Robel Gilles Paris-Est MLV Anglais
Robin Thérèse IUFM Allemand
Schubert Katia Paris-Est MLV Allemand
Vazquez de Castro Isabel IUFM Espagnol
Vignal Annie Paris-Est MLV Espagnol

mardi 6 janvier 2009

Réunion sur la refonte des concours

Chers collègues,

Un nombre de plus en plus grand de départements, d’universités, de présidents d’université (parmi lesquels Georges Molinié, président de Paris 4 Sorbonne) se sont élevés contre le principe d’une réforme élaborée sans concertation véritable et selon un calendrier ridiculement contraint; tous ont dit leur refus décidé de s’y plier et affirmé leur volonté résolue de ne pas remettre les maquettes réclamées par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Lionel Collet, lui-même, tout nouveau président de la Conférence des présidents d'Université, et par ailleurs président de l’Université de Lyon 1, n’a pas exclu que la CPU rejoigne ces positions si le Ministère refusait d’entendre ces revendications.

Chargé par le Président de l’université Paris 8, Monsieur Pascal Binczak, de coordonner les travaux de réflexion et de concertation des enseignants SHS de l’Académie de Créteil, j’ai organisé, en accord avec Didier Mendibil, chargé de la même mission par le Directeur de l’Iufm de Créteil et par la Présidente de l’Université Paris 12, une Assemblée générale des enseignants SHS (Histoire, Géographie, Sociologie, Économie) des 4 universités de l’Académie de Créteil (Marne-la-Vallée, Paris 8, Paris 12, Paris 13) qui, vous le savez sans doute déjà, se
tiendra
le jeudi 8 janvier à partir de 9h 00 à l’université Paris 8
(amphi D 01)

Cette réunion importante fait suite à bien d’autres qui se sont tenues discipline par discipline et elle est, dans notre esprit, l’une de celles qui doivent préparer l’Assemblée générale de tous les enseignants de l’Académie concernés par le projet de réorganisation des concours de recrutement des enseignants du secondaire.

Cette réunion qui doit absolument rassembler le plus grand nombre possible d’enseignants *_(du secondaire et du supérieur)_* de l’Académie concernés par le projet de refonte des concours se tiendra

*_le mercredi 14 janvier 2009 de 9h à 13h à l’Université Paris 8, amphi X_**_ _*

Les enjeux de cette assemblée sont évidemment capitaux : si des universités aussi différentes entre elles que Paris 8 et Paris 4 peuvent sur cette question adopter si spontanément des positions communes, c’est qu’elles ont une conscience aiguë que la logique qui doit prévaloir dans un dossier d’une telle importance n’est pas celle de l’intérêt de telle ou telle instance, de l’identité de tel ou tel établissement, mais celle ces valeurs qui justifient leur existence même : l’universalité, la collégialité, la foi dans un service véritablement public.

C’est pourquoi je vous demande de faire circuler le plus largement possible cette information et à inviter vous-même le plus grand nombre de nos collègues à cette Assemblée.

A très bientôt donc, à Paris 8

Bruno Clément
Professeur au département de Littérature française à l’Université Paris8

lundi 5 janvier 2009

Cours de production orale - Mme Fournier

Bonjour et bonne année 2009 à tous,

je vous informe que le lundi 12 janvier 2009 se tiendra le dernier cours de "Production orale", la séance du 19 janvier étant réservée aux rattrapages (devoir écrit pour les étudiants ayant choisi l'examen final; exercices de lecture orale pour ceux n'ayant pas eu la moyenne au premier passage).

TOUS les étudiants n'ayant pas présenté leur exposé devront donc le faire lundi prochain.

LFF

PS: je vous conseille la vision de l'émission "Enquête exclusive" consacrée à "La nouvelle traque anti-mafia", diffusée sur M6 le dimanche 4 janvier à 21.45 et disponible sur M6replay.

Mileschi contre la destruction de l'éducation

Chères et chers collègues,

Que ceux que ces messages irritent veuillent bien me pardonner. Ils sont les symptômes de ma très grande inquiétude, que chaque étape de la « restructuration » de l’université, pressentie depuis des années et entreprise depuis 2007, confirme.

Mon inquiétude n’est pas égoïste. Je ne défends pas ma peau (je suis largement, selon les critères hautement douteux qu’on veut bientôt nous imposer, un « chercheur publiant » ; je suis professeur de 1ère classe ; je suis bénéficiaire de la Prime d’encadrement doctoral et de recherche ; je ne suis certes pas parmi les plus directement menacés dans ma carrière par tout ce qui se trame) ; je ne suis pas non plus animé par le seul souci de « ma » discipline (la préparation au CAPES d’italien n’existe pas à Nanterre, ce n’est donc pas pour la sauver que je m’agite).

Mon inquiétude et ma détermination à « faire quelque chose » tiennent à ma conception du service public, de l’enseignement, de la recherche, de l’université. Je ne peux accepter en silence qu’on prétende recruter les enseignants de demain, ceux qui formeront les citoyens de demain, selon des procédures qui ostensiblement déprécient le savoir (abaissement drastique de la place des disciplines dans l’évaluation des candidats, au profit d’une évaluation de « l’aptitude à enseigner » hors toute pratique de l’enseignement ou d’une connaissance du système administratif qui trahit le projet de transformer les enseignants en bureaucrates dociles), qui mentent en prétendant augmenter la durée de la formation (à l’issue de son année de stage, l’enseignant titulaire détenteur d’un CAPES est déjà à bac + 5 !), qui ajoutent une année non rémunérée à la formation, aggravant les effets de l'injustice sociale. Je ne peux accepter en silence la démolition du statut des enseignants-chercheurs qui créera au sein de notre communauté des disparités délétères de traitement, une personnalisation des carrières qui laissera (encore plus) le champ libre à l’arbitraire, au copinage, à l’injustice, et qui détruira les solidarités nécessaires au fonctionnement en équipes (pédagogiques ou de recherche). Je ne peux accepter en silence la précarisation de celles et ceux qui travaillent pour le service public, précarisation qui frappe depuis des années les personnels administratifs (30% de contrats précaires en moyenne dans les universités). Je ne peux accepter en silence la menace que font peser toutes ces "évolutions" sur la qualité de la recherche et de l'enseignement. Je ne peux accepter en silence que l’État se désengage financièrement de l’école, supprime des postes par milliers (900 suppressions annoncées pour 2009 dans l’université), renonce de fait à l’idée d’une école républicaine et laïque. Je ne peux accepter que, demain, l’éducation devienne un « marché » comme les autres, un espace de plus pour l’intérêt et le profit privés. Je ne peux accepter que l’école abdique ainsi son idéal fondateur.

C’est tout cela qui est en jeu dans les mutations qu’on voudrait, au nom du « réalisme », de la « modernisation », de l’« adaptation », imposer. Sommes-nous vraiment dupes de cette rhétorique ? Sommes-nous vraiment prêts à postuler la bonne foi des décideurs ? Sommes-nous à ce point naïfs que nous puissions vraiment croire qu’ils agissent dans l’intérêt collectif ? Pouvons-nous sans ridicule croire que l’université est comptable du chômage, que c’est à l’université qu’il appartient de le résorber ? Avons-nous donc renoncé à l’idée d’un enseignement dont la gratuité (dans tous les sens du terme) est la meilleure garantie d’un progrès général des consciences et des modalités de la vie ensemble ? N’avons-nous pas assez clairement constaté que, depuis des années, partout en Europe, la tendance lourde est à un recul délibéré sur tous les fronts de la justice sociale, des droits acquis, de la solidarité ?

Tout bien pesé, mon inquiétude et ma détermination à agir sont bel et bien égoïstes : égoïstement, je ne veux pas, dans dix ans, dans vingt ans, me retourner sur le passé, et me reprocher, trop tard, de m’être tu, d’avoir par ma passivité apporté mon concours à la démolition de décennies d’acquis sociaux, éducatifs et culturels. Je ne veux pas figurer parmi celles et ceux qui auront prêté serment de fidélité, consciemment ou par inadvertance, à la doctrine marchande, consommant ainsi la trahison du projet d’une université méritant pleinement son nom.

Si vous partagez, chères et chers collègues, au moins un peu ces inquiétudes, participez aux assemblées générales qui se réuniront à la rentrée.

D'ici là, joyeux Noël, joyeuses fêtes de Nouvel An.

Christophe Mileschi (Professeur des Universités, Paris X


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Citations de nos dirigeants qui pensent :

La première des choses à faire est de casser le ministère de l'Education Nationale.
Raymond BARRE – février 1993

Je ne serai pas le complice du développement de l'enseignement public.
Jean-Pierre RAFFARIN – juin 1994

Je suis pour une privatisation totale de l'Education Nationale.
Emmanuelle MIGNON – directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy – septembre 2004 (source : Le Monde 2 )

La plupart des mesures que je prends servent surtout d'habillage aux suppressions de postes.
Xavier DARCOS – octobre 2008 (source : Le Canard enchainé)

J'ai grand respect pour la démocratie, j'ai grand respect pour le droit de manifester, mais quand j'entends les slogans des manifestations de ces derniers jours d'une petite partie de la Fonction Publique d'Etat, je me demande s'ils se rendent compte de la gravité de la crise. Que des gens viennent de bonne foi nous demander en réponse à la crise d'embaucher davantage de fonctionnaires et davantage d'emplois publics, je me demande s'ils ont bien compris dans quel monde nous vivons (applaudissements).
Nicolas Sarkozy – Discours sur le soutien de l'économie – 23 octobre 2008

dimanche 4 janvier 2009

Des présidents d'université co-signataires d'un article du Monde.

Article paru dans l'édition du 16.12.08 du Monde (co-signataires: en fin d'article)

La dotation ministérielle pour le fonctionnement des universités (DGF) parvient ces jours-ci dans les établissements. Elle s'inscrit dans la suite logique du budget pour 2009 présenté au Parlement et en application de dispositifs nouveaux d'affectation des moyens de l'Etat aux universités qui n'ont jamais été soumis aux avis de la communauté universitaire.

Dans bien des cas, la somme allouée permettra tout juste de présenter un budget en équilibre pour l'année 2009. Mais ce sera grâce aux crédits du plan "réussite en licence". La prétendue augmentation de la dotation se traduit très clairement par une diminution budgétaire affectant des universités, déjà sous-dotées et sous-encadrées.

Ainsi, à l'université Paul-Valéry (Montpellier-III), cette dotation prévoit une augmentation globale de 8 %, avec une DGF en baisse de 14 % et des charges nouvelles (primes d'encadrement doctoral, allocations de recherche) compensées par une très forte augmentation du plan réussite en licence. La conséquence de ce tour de passe-passe est que le plan réussite en licence diminue d'autant la dotation générale et devra servir au financement du fonctionnement.

Le même document ministériel annonce une vague sans précédent de plusieurs centaines de suppressions de postes pour les trois ans à venir, sur des critères opaques : par exemple, 24 postes supprimés à Aix-Marseille-II, 18 à Grenoble-I, 18 à Lille-I, 18 à Caen, 15 à Brest, 12 à Toulouse et 12 à Montpellier-III.

A plusieurs reprises, la ministre de l'enseignement supérieur avait affirmé la nécessité de rééquilibrer les dotations jusque-là très défavorables aux universités de lettres, langues, arts, sciences humaines et sociales. La dotation de 2009 revient sur cet engagement et pose la question de l'avenir de ces universités. Ces retraits de postes mettent aussi en grande difficulté nombre d'universités pluridisciplinaires.

Le ministère s'était par ailleurs engagé à réduire les écarts de dotation entre les universités lancées dans une démarche de fédération ou de fusion, afin d'éviter le pillage des unes par les autres ; il n'en est rien et ces projets s'en trouvent considérablement fragilisés.

Le rapprochement entre ces dotations budgétaires et la modification imposée (contre l'avis des organisations syndicales) du décret sur le statut des enseignants-chercheurs est éclairant. A l'évidence, le ministère vise à inclure dans les services statutaires les heures complémentaires, ce qui revient à asphyxier toute recherche dans nombre de domaines, en particulier les lettres et sciences humaines. Pour les personnels administratifs, cette réduction de moyens et de postes remet en question l'existence même de certains services ; et que dire des nouveaux services à développer (orientation, stages, mobilité internationale, etc.). Quel double langage que d'affirmer vouloir améliorer et "universitariser" la formation des futurs enseignants en allongeant la durée des études d'un an au moins pour ces milliers de candidats, et de diminuer globalement les moyens des universités censées les former aux disciplines, aux métiers tout en les préparant aux concours !

Ce grand écart entre les proclamations et les actes place les présidents d'université dans une position intenable. Il n'est plus possible de réguler voire d'arbitrer entre des laboratoires ou entre des formations au sein de chaque université. Les présidents sont, par cette rafale de mesures non concertées et souvent désastreuses, sommés de choisir entre la solidarité avec la communauté universitaire ou la complaisance avec le ministère. Est-ce cela l'autonomie ?


Pascal Binczak, président de l'université Paris-VIII ;

Claude Conde, président de l'université de Franche-Comté ;

Lise Dumasy, présidente de l'université Stendhal-Grenoble-III ;

Anne Fraïsse, présidente de l'université Montpellier-III ;

Marc Gontard, président de l'université de Haute-Bretagne-Rennes-II ;

Georges Molinie, président de l'université Paris-IV-Sorbonne ;

Mohamed Rochdi, président de l'université de la Réunion ;

Josette Travert, présidente de l'université de Caen-Basse-Normandie.